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    Arslane
    Par Ouahiba Aboun Adjali,
    Décembre 2004.



Arslane.

Je ne pourrais pas dire avec exactitude depuis combien de temps nous nous connaissons mais peu importe..
Il est de ceux que le temps effleure sans vraiment les toucher, sans les changer.

Arslane est arrivé un jour à la galerie. 11 a levé la tête, tourné un peu autour de lui-même, fait un geste de la main comme s'il se parlait à lui-même,a souri et s'est tourné vers moi en disant : "elle me plaît ta galerie". Nous ne nous étions pas vu depuis longtemps... Nous reprenions naturellement la conversation comme si nous l'avions interrompue un moment à peine. En plus d'être ce comédien remarquable, que l'on voudrait voir davantage sur les planches, en plus d'être acteur, Arslane enseigne le design à l'Ecole des Beaux Arts mais surtout, Arslane peint.

Lorsqu'il parie de son art, il le vit. 11 repasse chaque fois, l'une après l'autre, d'inéluctables étapes pour aboutir à une Å“uvre : la souffrance, le questionnement, le doute, la recherche, l'expérimentation, le frémissement, parfois la colère lorsque ses mains ne traduisent pas ce qui bout en lui et enfin l'illumination de la joie lorsque répondant à sa quête, il a enfin face à lui, l'aboutissement qui était tapi dans ses tréfonds. Il faut le voir à l'Å“uvre dans le minuscule espace où il évolue. H pose ses toiles autour de lui, jette ses couleurs, les mélange dans la situation d'urgence où il se trouve, tourne, va, revient, s'arrête net, déplace, déchire, coupe, taillade, sépare' rassemble, griffe, lacère, repose, reprend... écrit,parle. Arslane, parle à ses Å“uvres comme s'il avait engagé contre chacune d'elles une bataille décisive. Il est y lié aussi par une inextinguible passion, celle de i'artiste engagé dans son travail au mépris de toute autre conjoncture. C'est un challenge permanent avec lui-même, une nécessité pressante, vitale, nécessaire.

II s'y raccroche aussi comme à la seule issue possible, porte de toutes les portes. Il s'y engouffre à corps perdu,Chaque toile est une vie à épuiser.
Lorsqu'il l'a achevée, il prend sa toile à bout de bras l'accroche délicatement pour bien la mettre en évidence et pousse un grand soupir d'aise. Avec son grand sourire, il va raconter comment il a eu encore raison de celle-ci, comment il a gagné cette nouvelle bataille, il fait de grands gestes, s'arrête, son regard s'allume, s'irradie. Il raconte avec passion tout ce qui s'est passé puis s'arrête enfin... Un nouveau soupir d'aise. Il est heureux...

Peu après, quelques heures ou quelques jours une onde le parcours, ses traits se tendent, il a oublié la précédente Å“uvre devenue sans intérêt pour lui. Il repart de nouveau dans un envol vers autre chose qui l'attend quelque part... Son travail est également parsemé de ses mots, de ses phrases écrites dans ses fièvres et ses douleurs. Mots, accueillis par des feuilles d'écolier, par des bouts de papier qui traînent qui l'ont suivis, qui ont reçu ses écritures, ses ratures, ses déchirures,.. Papier Canson ou papier pelure, parsemés de traces de larmes ou de taches de café, froissés, vieillis, déplissés, religieusement conservés. Ils ont vécu avec lui une vie entière. D'une sincérité qui nous laisse silencieux, les mots montent,clament, disent, pleurent, chantent, racontent tout ce qui se voit si bien en lui et qu'il ne cache pas. Arslane est la sincérité même, la sensibilité exprimée jusqu'au point ultime de l'être. Arslane est poète.
 


 


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