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Il
y avait parfois un chat (emchich), la lune( aggour), des enfants(
arrach, tiqchichine), un crapaud ( amquerqour), une main (afus), un
homme (argazz), une femme (tametouth), des épouses ( tilaouines), des
olives bien sur !(azzemour), un chien ( aydhi, aqjun), un burnous (
avarnous), une lumière ( tafath) et encore et encore… Elle
était née en 1875, et elle dessinait, un peu comme Baya qu’elle ne
connaissait d’ailleurs pas et dont elle avait donné le prénom à sa
fille, ma mère. Des dessins naïfs, exprimant toujours, dans une parfaite sérénité, la marche de la vie. Il
y avait aussi, dans chaque dessin, une lampe au plafond, comme un
rengaine qui changeait de sens à chaque fois ; une lampe tenue par un
fil, penchée pour mieux éclairer. Je n’ai jamais cherché à « décoder » ce qu’elle disait ou taisait, ce qu’elle dessinait. Je n’ai pas non
plus tenté de dénouer l’énigme de ses contes. J’écoutais, je regardais, j’appréciais, je vivais. Elle
ne parlait pas le français, mais le kabyle avec juste quelques mots
d’arabe pour se faire comprendre. Et tout le monde la comprenait parce
qu’elle savait se faire écouter. Souvent
elle racontait ce merveilleux voyage qu’elle avait fait, enfant, en
calèche d’Akbou à Bougie, pour ensuite prendre le bateau vers Annaba ,
! Quelle aventure ! Elle
racontait l’épopée de Cheikh el Mokrani que son père avait connu, et
était fière que j’étudie dans le lycée qui porte son nom. Tout
le monde l’appelait affectueusement Gida. C’était une grand mère comme
on en rêve. Patiente, attentive, attentionnée, elle tricotait
tranquillement, assise sur son banc dans le jardin de cette grande
maison où nous vivions tous, entourés de signes, de symboles dans
lesquels nous pouvions trouver la paix. Gida, une grand mère qui vit encore, en moi ! Aziz FARES 21/03/2007 |