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- Probablement. Sommes nous en mesure de l'entendre ?
- Avons nous le courage d'écouter ces voix venues d'ailleurs
?
- En sommes nous capables si nous n'avons pas été à
l'écoute de notre propre voix que nous refusons d'entendre en nous
bouchant les oreilles ?
- Qu'y a t-il donc à cacher ?
- Pourquoi ce silence, ces mots que l'on tait ou que l'on
murmure comme une prière ultime ?
- Est-ce là que tout se joue ? Dans cet imaginaire que je
confondais encore récemment avec le néant ?
J'ai donc fait de fréquents aller-retour dans nos
conversations si riches pour comprendre ce qui pouvait nous anéantir. Comment
la culture nous aliène au lieu de nous faire grandir.
Max pose une question dont l'intensité fait grésiller des
connections neuronales ankylosées.
« Y a-t-il une jouissance noire et impénétrable
au coeur même de la honte qui nous attacherait à elle comme à notre insu? »
En nous offrant un choix cornélien qui nous met face à Montaigne et Nietzsche !
Cette jouissance se ferait alors dans une douleur masochiste
que nous appellerions de toutes nos forces afin de tenter de cacher une honte
insupportable.
Mais pourquoi ?
Cette honte qui nous rend gauches et maladroits
servirait-elle à dissimuler autre chose de plus pénible encore, de plus
terrible, qui serait comme un secret impossible à dire. Et comment le dire si
nous n'en avons pas conscience ? Comment trouver ces mots rédempteurs lorsque
notre vocabulaire se résume, quelle que soient nos croyances, à un ave et trois
pater.
Ne pouvant plus fuir, ne sachant plus où aller, prisonnier
de notre ombre qui se déplace malgré/avec nous, nous nous lançons alors dans
une course effrénée, haletants, hagards dans une fuite en avant. Un avant qui
s'enfuit vers un futur qui se confond avec un passé inoublié, impossible à
rattraper, et qui sans cesse, nous ensorcelle pour ne montrer que cette face
déplaisante de nous même. Et nous avons honte... Honte d'être ce que nous
sommes, ce que nous ne serons pas, que nous ne serons jamais, que nous n'avons
pas pu être, que nous aurions voulu être. Et ces mots s'imposent et s'opposent
pour révéler, comme un jugement irrévocable, que nous ne sommes rien. Un
grondement qui fait taire une timide velléité d'un devenir insaisissable.
« Les puissances dominantes, morales, religieuses,
sociales seraient-elles promptes et expertes à en jouer pour nous garder
sous leur férule? ». Même pas ! Ce n'est plus nécessaire. Ces
« puissances » n'ont plus rien à faire que nous laisser faire,
nous laisser aller, la bride sur le cou, libres d'aller n'importe où sans
risque de nous évader, prisonniers d'une mémoire fragmentée dans laquelle nous
ne voyons qu'une partie de notre âme. Et peut-être est ce là qu'est le piège.
Ce que nous voyons, que nous savons de nous n'est pas faux ; c'est même la
réalité et nous avons raison d'y croire. Mais c'est une réalité incomplète sans
être illusoire, voilée, qui ne laisse apparaître qu'une partie de nous.
Alors la honte nous saisit. Une honte toxique dont les
relents nous parviennent au gré des vents. Car il s'agit bien d'un
empoisonnement pervers, lent, insensible qui peu à peu nous fait dériver
jusqu'à perdre de vue notre propre image. Et cette émotion nous échappe et nous
tentons de la juguler mais c'est elle qui nous étouffe et dans un effort
désespéré nous rejetons tout ; notre histoire, notre nom, notre passé, notre
vie pour ne plus être que des êtres éteints toujours en devenir, innocents
coupables dont nous devenons les bourreaux impitoyables.
La Honte pourtant assumée est une émotion saine dont il faut accepter la présence dans
un équilibre harmonieux. Cette acceptation est pénible car elle nous ramène à
notre véritable dimension, celle d'un Etre Humain. Nous qui rêvions d'être
supérieur, nous ne en sentons que plus petit, ou trop grand pour pouvoir
supporter notre propre regard. Cette fascination d'une image idéale de Soi est
profondément ancrée dans un inconscient toujours actif dont nous tentons, en
vain, de contrebalancer la formidable énergie car elle nous ferait apparaître
tels que nous sommes.
"Adam et Eve étaient nus et ils n'en avaient pas
honte".
Ils étaient ce qu'ils étaient Jusqu'au moment fatidique...!
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