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Fadela M’Rabet, Le café de l’imam, Récit, Riveneuve éditions, 2011: Quand l'insolence et la justesse se donnent le mot

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Voici un récit qui devrait allumer l'appetit de beaucoup de lecteurs des deux rives de la Méditerranée, mais pas seulement, car l’auteure est une voyageuse dont le goût raffiné est nourri de cultures diverses, d’histoire et d’expérience personnelle, de Paris à Strasbourg ou Vienne, à Samarkande et Boukhara, de Constantine à Tlemcem, Alger ou Meknès.

Les amateurs d’esthétisme pur s’égareraient dans ce petit volume, encore qu'ils y cueilleront quelques moments délicieux, car l’auteur a un œil perçant et infaillible pour détecter les jouissances frelatées de mépris ou de condescendance pour les femmes ou les hommes de peu. A vrai dire, avec Le café de l'imam, il s’agit aussi ou presqu'autant, de mémoires d’action politique et militante pour la liberté des femmes et des hommes et contre les corruptions qui nourrissent les oppressions et les abus de pouvoirs.

 

Le volume s’ouvre sur des pages splendides sur l’esprit immobile de la Coupole qui règne sur les espaces de la civilisation orientale, byzantine ou musulmane, dans sa relation intime avec le désert et le mouvement incessant, multiple et infini, qui le meut à travers les populations nomades. Difficile de mieux définir le conflit qui déchire et jette dans l’action les femmes et les hommes, les arabo-berbères, qui cherchent leur chemin dans les ruines encore fumante du passé récent de la colonisation.

Au cœur du texte il y a la sensibilité aigüe et frémissante d'une femme écrivain alliée à une intelligence et une culture où le pouvoir de la raison reste toujours sur le qui-vive. L'auteure émaille son récit de scènes de vie, avec des rencontres de hasard ou d' amies, parisiennes ou algériennes. Elle y épingle sans hésitation les brutalités d'un machisme épais et vaniteux, qui sent le pouvoir lui glisser des mains par incurie et sottise. Elle est tout aussi impitoyable avec la bêtise ou la méchanceté inconsciente de petites bourgeoises. Elle sait aussi relever les cruautés ou les générosités vraies au plus chaud des relations intimes dans la vie quotidienne.

Que dire de ses réflexions peines de justesse et de pertinence sur les notions galvaudées d'identités françaises ou algérienne ? Je recommande aux lecteurs les pages sur les café de Vienne ou de Paris, sur le vénérable Procope et les esprits qui hantent toujours ces hauts-lieux de la sociabilité intellectuelle et artistique de l'Europe . Ces 126 pages reserveront à ceux qui prendront la peine de les feuilleter de véritables trésors d'amusement rare et de méditation sur les thèmes qui agitent nos esprits sans que nous parvenions à voir clair en eux. Une intuition jetée au passage par un esprit libre et vif vaut alors d'épais et savants traités . L'insolence et le bon sens découvrent ainsi des alliances surprenantes qui ouvrent brusquement les yeux sur des évidences cachées.

Un mot pour finir : l'auteur de cette critique a trouvé cette perle de style à l'élégance soigneusement polie et à l'humeur d'une impertinente ironie, sur le site de Dzlit, amoureusement construit par notre ami Lounès Ramdani. Les connaisseurs n'en seront pas étonnés.

Max Véga-Ritter

 

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