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Un merveilleux récit: Fadela M’Rabet, Le chat aux yeux d’or, Aux femmes, Antoinette Fouque, 2006

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Merveilleux récit. Seule, peut-être, une algérienne pouvait décrire la compréhension intime que des femmes peuvent avoir les unes des autres, la tendresse mutuelle qu’elles en tirent les unes pour les autres, et l’ineffable poésie qui, de ce fait, éclaire leur regard sur le monde. Comme aussi la douleur poignante, qui pénètre le cœur telle une lame, à la disparition d’une mère, grand-mère, aïeule chérie à chaque instant. La phrase, sensible, nerveuse et juste de Fadela M’Rabet introduit le lecteur dans le secret d’une maison ruisselant de bonheur et d’affection. On l'imagine dominant le port de Skikda : « les portes en étaient toujours ouvertes  les enfants y circulaient continuellement, en toute liberté, du second étage au balcon ou au jardin » . Elle baignait dans des ondes invisibles et bienfaisantes, paradis habité par les moineaux qui viendront, plus tard, faire un cortège joyeux, impertinent et obstiné à la figure maternelle portée en terre dans son linceul.

Myriem, Yasmina, Nohed, Wahib, Djedda, Baba les noms s’égrènent, familiers, voltigent comme des présences familières et inconnues. Il y a Nana, la femme de l’oncle Ali que Djedda était allé chercher pour la marier à son fils. Nana, la suppléante adorable d’une mère disparue après la naissance, était devenue « grotte où l’on venait s’abreuver, se nourrir, se réconforter » où elle mettait les autres à l’abri. L’oncle Ali, à côté d’elle, qui jouait au sphynx, devient un terrifiant chat aux yeux d’or, celui-là même que Nana avait, un jour, malencontreusement jeté par la fenêtre en voulant secouer un tapis. « j’ai tué sept âmes » s’était-elle écriée épouvantée. Tout est dit des angoisses et des peines qui hantent malgré tout une demeure habitée par l’amour.

Brusquement je me suis rappelé et j’ai compris l’émoi qui me saisissait, enfant, devant ces mystérieuses maisons arabes repliées sur leur vie intérieure. Fadela M’Rabet venait de m’offrir la clé, subtile, magique, interdite, dont j’avais éprouvé le défaut au cours de mes flâneries adolescentes.

Fadela M'Rabet peint, aussi, un monde féminin qui tait ses peines et ses chagrins, ses humiliations et ses désillusions. Il les tait, non par honte ou faiblesse, mais par pudeur ou fierté, par impuissance aussi devant un monde qui l'outrage, parfois avec sa propre complicité ou son assentiment, par son le machisme. Le vieux machisme a la vie dure, sous le vêtement grossièrement illusoire de la tradition et de la religion. Il a toujours la stupidité épaisse et arrogante, pleine de bonne conscience et de solides justifications, où qu'il soit, au nord ou au sud, en soutane, en uniforme ou en burnous.

L'auteure en démonte avec acuité les mécanismes cachés, parfois d'une subtilité retorse étonnante, entre mère et fils, entre rivales pour un même coeur, parfois aussi d'une simplicité efficace dans sa naïve grossièreté.

Fadela M'Rabet a raison. La différence entre les sexes n'est-elle pas la première que l'être humain rencontre à l'aube de sa vie ? De cette première reconnaissance de l'égalité entre femmes et hommes et de l'ouverture à cette différence dépendent sans doute toutes les autres qui suivront.  La reconnaissance de cette première égalité dans la différence et l'ouverture à elle préfigurent toutes les autres : celles de la diversité des religions ou de l'absence de religion, des langues et des cultures, de l'égalité de tous devant la loi, l'éducation et la réussite .

Ce combat, (mais est-ce un combat que la reconnaissance de la différence avec sa mère ou son père , ses frères ou ses soeurs, dans l'égalité  de dignité? ) est, sûrement, le frère siamois du combat pour la liberté. La liberté n'est pas la liberté d'opprimer et de piétiner l'Autre, de s'asservir volontairement à son semblable ou à une idole. Non, c'est la liberté d'accomplir le bien, pour soi ou pour tous, dans la fraternité .. La femme n'est-elle pas, elle aussi, porteuse du flambeau du progrès de toutes et tous ? Pas dans le mensonge officiel des régimes autoritaires, prétendus« socialistes » ou religieux, ou des colonialismes de toutes sortes, mais dans la libre recherche de la vérité des faits.

L'amour qui circule si joliment, si librement dans la maison d'enfance du « Chat aux yeux d'or » de Fadela M'Rabet n'existerait pas sans cette confiance et cette estime entre tous. Une maison de Rêve ? Il suffit qu'il ait été celui qu'elle a vécu et qu'elle nous fait vivre à nouveau avec ses mots, celui quu n'a pas été partagé avec elle, jadis, pour le malheur tragique de beaucoup.

 

Coup de coeur

Voir le blog de la poètesse Renia Aouadene

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