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J’apprends, ce matin, la mort de
Mahmoud Darwich, à l’âge de 67 ans, dans un hôpital de Huston au Texas. Il
avait failli mourir en 1984. Son cœur l’en avait averti :
- « Je n’en peux plus,
Mahmoud ! »
- « Courage! Lui répondit le
poète, rien qu’une année !...
Oui, j’ai besoin de quatre saisons et de deux
ou trois mille ans pour dire Adieu Palestine !
« Mourir ainsi, c’est
vivre. »
- Que le Deuil soit grand !
- Que le Deuil soit sobre !
Après la mort d’Edward Saïd,Mahmoud Darwich faisait publier le texte suivant dans Le Monde Diplomatique, en
Novembre 2003.
« Je n’arrive pas à faire
mes adieux à Edward Saïd, tant il demeure présent en nous et dans le monde
vivant.
Notre conscience et notre ambassadeur dans le monde, Edward Saïd, qui ne
s’était jamais lassé de résister au nouvel ordre mondial pour défendre
l’équité, l’humain et la part partagée des civilisations et des cultures, s’est
lassé du combat long et absurde avec la mort.
Héroïque, il le fut douze ansdurant dans son corps à corps avec la maladie. Héroïque par le renouveau
constant de sa créativité, l’écriture, la musique, la chronique de la volonté humaniste, la quête vitale du sens et de l’essence, l’invitation de l’intellectuel à la rigueur.
Demandez au Palestinien son plus
grand sujet de fierté : il vous répondra spontanément : Edward Saïd.
Notre histoire culturelle n’a pas connu de génie égal à celui d’Edward Saïd, si multiple, si singulier. Et de ce
jour et jusqu’à nouvel ordre, Edward Saïd
continue à être le pionnier qui porte le nom de sa terre du domaine de
la politique vers celui de la conscience culturelle universelle.
La Palestine l’a certes
enfanté, mais par la fidélité aux valeurs de la justice bafouée sur sa terre,
sa défense du droit de ses enfants à la vie et à la liberté, Edward Saïd est
devenu l’un des pères symboliques de la Palestine nouvelle.
Son approche du conflit était
culturelle et éthique et il a défendu le droit sacré des siens à la résistance
qu’il considérait aussi comme un devoir national et moral.
Edward était un tout
indissociable. En lui, et sans jamais s’embrouiller les uns les autres, se
retrouvaient l’homme, le critique, le penseur, le musicien et le politique.
Personnalité charismatique,
mondialement connu, unique tant il est rare de voir réunis l’intellectuel et la
star, l’homme élégant et l’éloquent, le profond, le féroce, le doux, l’esthète
de la vie et de la langue.
Dans cet adieu difficile, rebelle
à l’absence, l’univers converge vers la Palestine en un instant rare : nous ne
savons qui sont les parents de la victime, sa famille c’est désormais le monde.
Notre perte est partagée, mais nos larmes sont unes, car Edward aura mis la Palestine au cĹ“ur du
monde, et le monde dans le cĹ“ur de la Palestine. »
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