PostHeaderIcon Roma ouala n'touma de Tariq Teguia: Un nouveau souffle pour le cinéma en Algérie

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Le dernier film de Tariq Teguia, son premier long-métrage Roma ouala N’touma (Rome plutôt que vous), programmé par la cinémathèque d’Alger début juin, marque un nouveau tournant dans l’histoire du 7ème art en Algérie.

Dès le premier plan-séquence, le film nous saisit, nous intrigue par son originalité. Roma ouala N’touma est un film audacieux, mouvant par sa forme ainsi que par sa thématique. Il se démarque de loin de toute la production cinématographique nationale de ces dernières années. Avec un nouveau regard, il aborde un langage cinématographique avec une éminente tentation formelle en quête d’une nouvelle esthétique..

Armé d’une mini DV et beaucoup de talent, Tariq a confirmé que la création pourrait s’en passer de la grosse machinerie et des budgets colossaux que certains réalisateurs se permettent pour produire des films navets qui ne traversent même pas la Méditerranée, vivent juste le temps d’une avant-première et finissent dans le cimetière de l’oubli.

Dénué de tout éclairage sophistiqué, le film a été tourné en lumière naturelle à la manière de Lars Von Trier, l’auteur de Dancing in the dark. Le cadrage est rigoureux, l’image est signée par Medjkane Nasredine, un photographe confirmé et Aït Kaci Hassen. Une image sombre et sobre, qui évolue presque en monochrome, des visages dans la pénombre à peine perceptibles, des contre-jours à l’exagération, la caméra

transgresse la vie à la manière de Grand Godard quand il filme Anna Karina, présence du corps dans les moments de silence avec très peu de dialogue. Le tout est soutenu par une bande son signée Gigone Karine, mixée avec une musique de Cheb Azzedine, un travail créatif à la perfection.

Tous ces ingrédients sont juxtaposés avec soin pour nous offrir un temps de délectation. De très long plansséquences, des travellings qui scrutent des paysages monotones, nous sommes dans un univers chaotique d’une jeunesse désemparée, en quête d’un échappatoire.

On assiste à de nouveaux visages de comédiens tels que ceux de Samira Kaddour, projectionniste à la cinémathèque d’Alger.

Avec son charme remarquable typiquement méditerranéen, elle incarne le rôle de Zina qui signifie Beauté en arabe et Kamel incarné par Rachid Amrani: deux acteurs amateurs d’un talent prometteur.

On reconnaît la voie Off de Tata Khadra malgré le fait qu’elle se trouve en hors champ. Elle s’inquiète pour sa fille Zina lorsqu’elle sort pour aller au boulot car des bombes explosent partout…

Kamel n’a qu’un seul but. Celui de partir ailleurs. Pour cela, il entame des démarches afin d’avoir de faux-papiers auprés de Bosco, un faussaire dont il perd la trace, et arrive à dénicher à peine une adresse vague: une carcasse avec deux garages et deux étages en chantier à La Madrague, une périphérie d’Alger, une ville côtière qui attirait

jadis de nombreuses familles avec ces belles terrasses, sa belle plage et ses restaurants.

De longs travellings, des silences. Tout est monotone. On découvre un paysage comme il n’a jamais été montré jusque-là dans le cinéma algérien, dans ce pays où la mer est bleue et le ciel aussi, même au mois de janvier.

Tariq a braqué sa caméra en contre champ de l’orientalisme, afin de saisir en un jour et une nuit le parcours du couple qui sillonne les routes. Zina espère voir la mer, une fois arrivée à La Madrague. Au bout de la route qui mène à un immense chantier, de grandes carcasses en béton, seul se fait entendre le bruit des travaux de chantier. Ici dans ce monde brute pas un seul arbre ne symbolise la vie. La caméra scrute le béton et nous introduit dans un labyrinthe sans issue. Dans un monde brute de ce interminable chantier, on tourne en rond, toutes les bâtisses se ressemblent et aucun signe de reconnaissance, ni adresse, ni nom de rue. On est dans une impasse, une belle métaphore de l’Algérie d’aujourd’hui. Kamel et Zina ont 20 ans, et avoir 20 ans dans un pays sans perspectives. Ces jeunes n’ont qu’un seul rêve. Partir. Le titre du film est très évocateur, tiré des slogans des supporteurs de l’USMA, club footballistique algérois.

Chanté dans les tribunes de Bologhine Roma wa la n'touma (Rome plutôt que vous) c’est ce qui exprime le malaise d’une jeunesse désespérée à la recherche d’une évasion possible vers un monde meilleur. Chez nous, aimer est un pêché, c’est même interdit par la loi lorsque le couple est confronté à des policiers dans un café. Le film le montre bien. Partir est l’obsession de toute la jeunesse et pour cela, tous les moyens sont bons quelque soit le prix à payer.

Aller en harragua en traversant la mer vers d’autres horizons quitte à mourir, englouti par la mer ou choisir le paradis comme destination en se sacrifiant en kamikaze.


A L’AFFICHE. Roma ouala n'touma de Tariq Teguia: Un nouveau souffle pour le cinéma en Algérie. Ecrit par Abderrahmane Ouattou. Asaru cinéma