Issiakhem: Le pinceau matraque
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J'ai connu Issiakhem avant l'indépendance, il y a trente ans, au bar «le départ» en face du jardin du Luxembourg. Quelques années après j'étais sur le point de terminer le tournage de mon premier court métrage : Conflit. Alors que je lui demandai des conseils, M'hamed m'a dit : «l'essentiel, c'est le départ... comme ce bar qui s'appelle le départ».
Issiakhem est plus qu'un artiste, c'est un ami. Il transforme les gens qu'il rencontre en amis. Pour moi Issiakhem, en tant qu'homme et artiste était le gardien de notre enracinement. Son pinceau était une matraque assénait contre ceux qui voulaient nous déraciner, ce qui explique son art pictural. La femme n'est pas seulement la femme mais la terre, la nation, le peuple, l'histoire. Sa quête nous révèle à travers ses couleurs, ses dessins... que nous sommes à la fois mutilés et vivants. Quand on regarde un tableau d'Issiakhem, même si on est analphabète, on se retrouve placé en situation d'interrogation profonde qui nous pousse à nous réenraciner.
Le jour de son enterrement, au cimetière l'atmosphère n'était pas à la tristesse. Personne n'avait l'impression que si M'hamed était dans un cercueil. Il y avait tous les hommes et femmes qui représentent les fibres de notre pays (Hommes politiques de toutes les tendances du mouvement national, hommes et femmes de tous âges, artistes, écrivains, journalistes). Avant qu'on ait mis son corps dans le trou tous étaient convaincus qu'Issiakhem nous avait regroupés pour exposer au pouvoir politique que notre pays a des potentialités littéraires et artistiques aussi variées et talentueuses que ses œuvres.
A l'enterrement d'Issiakhem, il y avait des hommes... et des femmes, des anciennes condamnées à mort de la guerre de libération aux jeunes élèves des Beaux Arts. Ils et Elles étaient là parce qu'Issiakhem est l'un des plus grands artistes que nous ayons eus maïs aussi parce qu'Issiakhem est un exemple de vie par son engagement à vivre ardemment.
Son enterrement fut une grande rencontre laïque, un signe de la tolérance solidaire à venir dans nos rapports entre artistes et entre artistes et hommes politiques.
Issiakhem: Le pinceau matraque
Par Mohamed Bouamari, cinéaste.
Actualités de l’Emigration – Numéro 21 –Edition du 11 décembre 1985
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